PASHMINA ROAD, Part 3 : les chèvres cachemire de l’Himalaya

MARDI

300 km et 1790m d’altitude séparent Srinagar de Leh, la capitale du Ladakh, il me faudra 2 jours pour les parcourir. Le petit bus s’élance à l’assaut de la route cahoteuse qui serpente dans les montagnes. Peu à peu la verdoyante vallée du Cachemire laisse place à l’aridité des paysages ladakhis, parsemés de maisons blanches à toit plat et de gompas nichés sur les hauteurs, sur fond de ciel bleu d’une pureté absolue.

 

L'Himalaya entre le cachemire et le ladakh

 

temple bouddhiste au ladakh

 

les ladakhi sont majoritairement bouddhistes

 

MERCREDI

Me voici donc arrivée à Leh, ancienne capitale des rois bouddhistes du Ladakh. Une autre culture, presqu’un autre monde… Mais revenons à nos moutons, ou plutôt à nos chèvres !

La capra hircus, ou chèvre pashmina est traditionnellement élevée par les bergers Chang-Pa qui mènent une vie nomade sur les hauts plateaux himalayens, notamment dans le ChangTang, près du lac Tso Moriri. Ils y seraient actuellement, c’est donc là que je me rends. Le bus relie Leh à Korzok 3 fois par mois, pas de chance c’était hier. Comme je ne compte pas attendre 10 jours de plus, il faut que je trouve une jeep à partager…

 

DIMANCHE

Et c’est parti pour 8 heures de route. Je vous passe les arrêts imprévus, cette fois-ci c’était la construction d’un pont par l’armée. Ils ferment la route 3h, s’affairent à monter leur pont, puis la rouvre brièvement pour laisser passer les véhicules qui ont attendu et ça recommence. Voyager en Asie enseigne la patience…

Mais le but est proche et j’aperçois les premières tentes en poil de yack. C’est une vie très rude, les températures l’hiver atteignent -30°C. Les bergers mènent les troupeaux dans les pâturages, plus la chèvre a froid, meilleure sera la qualité de son duvet et celui-ci assure leur subsistance. Afin d’éviter toute dérive et de protéger les nomades, le prix a été fixé par l’état indien, 3700 Rp pour 2 kg de duvet brut (soit 50 euros environ). L’homme explique qu’autrefois certains commerçants cachemiri venaient échanger le duvet contre du riz, tirant avantage de leur ignorance. Heureusement cela ne risque plus d’arriver. Extrêmement artisanale et traditionnelle, la production du cachemire au Ladakh ne représente que 2% environ de la production mondiale, bien loin derrière le leader absolu, la Mongolie intérieure (République populaire de Chine). Néanmoins le duvet de pashmina ne sera produit que dans les régions himalayennes.

 

Les chèvres pashmina donnent un cachemire très fin dont la meilleure qualité est appelée pashmina

 

Les chèvres pashmina donnent un cachemire très fin dont la meilleure qualité est appelée pashmina

 

Les chèvres pashmina donnent un cachemire très fin dont la meilleure qualité est appelée pashmina

 

la vie à 5000m d'altitude est très dure

 

La chèvre est peignée le matin de manière à recueillir la toison interne, appelée aussi bourre ou duvet ; puis les poils les plus longs sont coupés à la cisaille. Elle n’a pas trop l’air d’aimer la pauvre, la chèvre pashmina est une princesse qui n’apprécie pas qu’on lui tire les cheveux…

 

La chèvre pashmina est peignée pour recueillir son duvet de cachemire. Le cachemire le plus fin et de meilleur qualité est appelé pashmina. Le pashmina cachemire est le diamant des fibres

 

Le duvet de pashmina cachemire est obtenu en peignant la chèvre pashmina

 

Un bout du monde perdu aux confins de l’Inde et de la Chine, aux cimes de cet Himalaya où le ciel azuré se perd dans la pureté des eaux des lacs de montagne, une terre aride, des chèvres, des yaks, et ces hommes à la peau tannée par la rigueur extrême du climat qui continuent malgré tout à mener la même vie nomade que leurs ancêtres.

 

C’est bien ici que commence l’aventure du Pashmina…

 

THE PASHMINA ROAD, part 2 : le tissage d’un pashmina

VENDREDI

Le lendemain j’ai rendez-vous pour découvrir le tissage d’un pashmina dans l’atelier où sont produits les miens. C’est en fait une vieille demeure de bois, nichée au coeur de la vieille ville. La production des châles ici à Srinagar reste artisanale, familiale et donc quelque peu désorganisée au regard de nos standards occidentaux…

Fidèle aux traditions cachemiri d’hospitalité, la famille, qui ne parle pas anglais, m’offre un kashmiri kawa – leur thé traditionnel – que je déguste assise sur les tapis. Comme toujours au Cachemire seuls les hommes s’assoient avec moi, les femmes restent à la cuisine…

C’est au rez de chaussée qu’on file le duvet, à l’aide d’un rouet traditionnel en bois. Originaire du Ladakh voisin, il est brut et ressemble à de gros flocons blancs ; le fil ainsi obtenu est ensuite monté sur des écheveaux. Ce travail est traditionnellement réalisé par les femmes, ici la maman du tisserand. Puis le fil est assemblé sur le métier à tisser, en bois également, qui occupe toute la surface d’une petite pièce à l’étage. C’est le domaine de Feroz, 40 ans, le tisserand. Il met 4 jours pour réaliser à la main un châle de 2m. Celui-ci, de couleur blanc naturel, sera ensuite lavé et teint.

 

Le duvet de pashmina est un cachemire très fin recolté sur les chèvres pashmina à plus de 4500m d'altitude dans l'Himalaya. Le pashmina ressemble a un nuage de moelleux et de douceur...

 

Le duvet de pashmina 100% cachemire est filé à la main avec un rouet pour obtenir un fil de pur pashmina cachemire

 

Le fil de pashmina cachemire est monté sur des écheveaux pour être tissé

 

Le pashmina 100% cachemire est tissé à la main : c'est un travail ancien et minutieux, le fil de pashmina cachemire est très fin et doit être manipulé délicatement. Les ouvriers du Cachemire tissent le vrai pashmina depuis des siècles

 

Le fil de pashmina pur cachemire doit être tissé avec délicatesse

 

Dans ma main je regarde ce nuage impalpable, le diamant des laines, ce duvet qui protège la petite chèvre pashmina de la rigueur des hivers himalayens. C’est là-bas que tout commence, je prendrai donc la route pour les montagnes du ladakh.

 

Mais en attendant j’ai été invitée à un mariage, et je compte bien m’y rendre !

DIMANCHE

Un mariage cachemiri dure 3 jours, mais pour ma part je n’assisterai qu’à un, en compagnie de mon ami hindou, aussi novice que moi en matière de mariage musulman… Nous passerons toute la journée dans l’immense vieille maison de bois et le jardin où a été dressé un grand chapiteau décoré de tentures brodées cachemiri. Hommes et femmes sont séparés, la mariée ressemble à une princesse, le repas est excellent, même si je n’ai jamais mangé autant de viandes différentes en un seul repas, et je m’amuse de voir qu’on distribue à tous les invités des doggy bags pour ramener les restes à la maison. On m’explique que c’est un petit mariage, 300 personnes seulement… Entre autres merveilles, la mariée a reçu en cadeau 3 pashminas, notamment un kani shawl, dont le motif traditionnel de fleurs entrelacées est directement tissé dans la trame. Sa réalisation prend des mois et le prix est à la hauteur du travail ! Aux alentours de minuit le couple est enfin réuni, et la mariée s’engouffre dans la voiture la tête recouverte d’un pashmina brodé rose. Même pas un bisou, je suis un peu déçue…

 

 

Mais il est temps de quitter Srinagar, la cité moghole ; les montagnes himalayennes m’attendent…

Princesse Moghole a remonté la piste du pashmina : THE PASHMINA ROAD, Part 1

Dans un souci toujours constant de transparence et puisqu’une bonne photo vaut mieux qu’un long discours, je n’avais pas 36 solutions pour vous raconter l’histoire d’un pashmina. Je suis donc repartie sur le terrain remonter sa piste. C’était en juin et voici mon carnet de voyage…

 

De tout temps le Cachemire a été renommé pour le tissage de ses châles, tant et si bien qu’il a donné son nom à la fibre. De nos jours cet état situé tout au nord de l’Inde à la frontière avec le Pakistan et la Chine reste très instable politiquement : la partition a laissé des stigmates dans la région, et reste déconseillée par les affaires étrangères françaises. Mais il en faut plus que ça pour me décourager, alors en route pour Srinagar…

 

JEUDI

900 km séparent Srinagar de Delhi, il me faudra 24h pour m’y rendre…

Le train de nuit pour Jammu part à 20h40, et je suis seule dans mon compartiment, chouette ! Toute la nuit je me demanderai quand même si la porte ne va pas s’ouvrir pour laisser entrer l’occupant de la couchette supérieure, mais lorsque le train s’arrête au petit matin je suis toujours seule. Il est 5h40 et la seconde partie de mon voyage commence : le chemin de fer ne continue pas jusqu’à Srinagar, il va me falloir partager un taxi. L’union fait la force et comme la jeep ne part que lorsqu’elle est pleine je joins mes efforts à ceux de Hemu, un jeune indien banquier à Londres qui se rend à Srinagar pour le mariage d’une de ses camarades de promo. Nous voilà partis, le trajet durera 11h.

Au fur et à mesure que nous grimpons vers le nord, l’Inde change de visage et Jammu l’hindouiste laisse peu à peu place aux influences musulmanes. Un paysage de plus en plus vallonné, des forêts, des rizières en pleine récolte, puis des villages aux accents d’Asie centrale. Les hommes sortent de la mosquée à l’heure de la prière, ils portent de longues chemises blanches et une barbe qui leur mange le visage. Parfois leurs cheveux sont teints en rouge et ils portent le turban. Aux étals pendent des pièces de viande hallal et les boulangeries proposent ce pain rond cuit sur la pierre que j’avais déjà goûté en Uzbekistan. Je suis arrivée chez les héritiers de l’empire moghol. C’est ici que depuis des siècles se perpétue l’art du tissage du pashmina…

 

 

Srinagar prépare la fête de l'Aïd

la vieille ville de Srinagar au Kashmir

Rencontre à Srinagar

 

A Srinagar j’accepte la proposition de Hemu de l’accompagner au mariage et rejoins mon houseboat, ces palaces flottants hérités du Raj et qui font la renommée de la ville.

 

Le Dal lake est au coeur de Srinagar

Les jardins datent de la période moghole

Shikara sur le Dal lake

le Dal lake à l'aube

 

 

A suivre…